Apogée et déclin de la chaux.

Le four à chaux.
Le four à chaux est un four destiné à transformer le calcaire en chaux.
Il y a très longtemps, l'homme s'est aperçu que certaines pierres utilisées pour les foyers se désagrégeaient à la chaleur, puis se liaient sous l'action de l'eau et finissaient par durcir progressivement au contact de l'air... La chaux était née, naturellement, sous l'action des trois éléments: le feu, l'air et l'eau.

Lors de fouilles archéologiques, un coffre en brique, contenant de la chaux éteinte, a été découvert sur le site gallo-romain de Jublains.
En 1377, le seigneur de la Cropte autorisait l’utilisation du bois de la forêt de Bouère pour chauffer ses " fourniaux à chaux ".
La pierre à chaux (le calcaire) est extraite à Louverné depuis le XVème siècle.
A l’époque, la chaux, produite dans des fours rudimentaires, était utilisée essentiellement pour la construction (confection des mortiers). La production était très limitée.
La chaux de Saint-Ouen-des-Toits fut utilisée pour la construction du château d’Olivet (1408) puis pour celui de Laval (1445).

A la fin du XVIIIème siècle, on commence à utiliser la chaux pour l’amendement des terres  et permettre le défrichement des landes. La crainte de pénurie de bois se fait rapidement sentir. En 1789, les habitants de Cheméré-le-Roi réclament " qu’il soir défendu de faire de chau, autre que pour faire les bâtisses, vu la disette du bois ". Ceux de La Cropte demandent " l’interdiction sous peine d’amende d’employer la chaux au fumage des terres pour éviter la destruction des bois. "

Aucun four antérieur au XIXème siècle ne subsiste en Mayenne.

Les fours continus à courte flamme.
Le four, une cuve en briques réfractaires recouverte d’une façade en pierre, était construit par des maçons locaux. Une briqueterie existait généralement à proximité pour la construction et la restauration des fours. Dans le four à chaux, on alternait une couche de bois, une couche de calcaire (concassé à la masse de 5 kg), une couche de bois et ainsi de suite. En 1810, le bois est remplacé par le charbon. Le chargement se faisait par le haut du four, "le gueulard".

Les pierres calcaires étaient transportées par chariots depuis les carrières. Le soir, après l’école, il n’était pas rare de voir les enfants aider leurs parents à remplir les wagonnets. Dans les carrières, lorsque les ouvriers arrivaient à la nappe phréatique, ils changeaient de lieu. Ainsi, on peut voir de nombreux plans d’eau (anciennes carrières) dans la région.

Lorsque la cheminée était pleine, on y mettait le feu, celui-ci ne devait plus s’éteindre. La cuisson pouvait durer deux mois. Aussi la charge de pierres et de combustible devait être renouvelée constamment. Dans les fours, la roche atteignait une température d’environ 900 °.
Le chaufournier défournait la chaux par deux ouvertures à la base du four, "les ouvreaux". Pour une tonne de chaux, on brûlait 200 kg de charbon.
Les fours fonctionnaient 5 mois dans l'année. Durant l’hiver, les ouvriers s’employaient à l’extraction de la pierre et à la remise en état des fours.

La chaux, placée dans des barils à l’abri de l’humidité, était transportée sur des rails, dans des chariots tirés par des chevaux, jusqu’à la gare de Louverné.

 

L’apogée de la chaux.

Au début du XIXème siècle, les agriculteurs et les producteurs de chaux demandent l’achèvement de la canalisation de la Mayenne (entre Laval et Mayenne) pour ouvrir de nouveaux marchés vers le Nord.

A la fin des années 1840, une dizaine de fours à chaux fonctionnent à Louverné. En 1880, Louverné est le plus important centre de production de la Mayenne. Ses 29 fours à chaux en activité produisent 800.000 hectolitres et occupent de 300 à 500 chaufourniers selon la période de l’année.

Dans les entreprises chaufournières, travaillent des manœuvres pour le transport de la pierre, des carriers pour son extraction, des ouvriers calcineurs pour le fonctionnement des fours, des employés de bureau...

Le travail est pénible pour les carriers mais aussi pour les chaufourniers car la poussière de chaux attaque les lèvres et les yeux.

 

De 1880 à 1914, le déclin de la chaux.

La chaux était utilisée pour l’amendement des terres, pour défricher des landes inexploitées mais également pour assainir les granges, les étables, les écuries, les murs des fermes et parfois même des maisons car celle-ci éliminait microbes et bactéries.

Le chaulage a rapidement donné des résultats mais son abus a vite saturé le sol. Dès 1846, on signale la diminution des rendements dans certains cantons du Sud du département.

" La chaux enrichit le père mais appauvrit le fils ! "

On revint donc à l’utilisation du fumier puis, à partir de 1880, on utilise des engrais chimiques (nitrate et potasse).

Dans le bâtiment, la chaux fut remplacée par le ciment. La première usine de ciment fut créée par Dupont et Demarle en 1846 à Boulogne-sur-Mer.

Photo des Aumeunes, avant 1900.
Photo des Aumeunes, avant 1900.

Les Aumeunes.

Au début du XXème siècle, malgré le déclin de la chaux, l’activité continue au lieu dit "les Aumeunes".

En 1909, Ernest Derouelle installe dans ses hangars un broyeur afin de mettre sur le marché de la chaux en sacs.
En 1910, il n’y a plus que 10 à 12 fours en activité à Louverné, occupant 180 ouvriers pour une production de 320.000 hectolitres. (Société des mines de la Mayenne et de la Sarthe).

 

En 1911, lors du recensement, dix familles vivaient aux Aumeunes. Elles occupaient cinq maisons et comptaient 32 personnes : 1 gérant de four à chaux, 7 carriers (le plus jeune âgé de 15 ans et le plus âgé de 69 ans), 1 employé aux fours à chaux, 1 employé des chemins de fer, 1 couturière, 1 tisserand, 2 journalières, 8 sans profession et 10 enfants.

 

En 1940, quatre-vingts ouvriers, payés au wagonnet, embauchaient chaque matin.

En 1960, il y avait encore, aux Aumeunes, une trentaine d’ouvriers qui produisaient 45 tonnes de chaux par jour. Un bon carrier débitait une douzaine de wagonnets par jour qui, tirés par un treuil, étaient acheminés sur le terre-plein du four falaise.

Le dernier four du Bas Barbé s'est éteint en 1963.

Les Aumeunes, les bureaux.
Les Aumeunes, les bureaux.
Les Aumeunes, le logement des ouvriers.
Les Aumeunes, le logement des ouvriers.